Livre d'Or
Bibliographie
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| La 4e batterie de la M.M.A. 280 s'installe à Batz-sur-Mer |
| Deux canons de 240 mm sont apportés à Batz-sur-Mer |
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Afin de contrôler le chenal du Nord de l'entrée de la Loire et de contrebattre tout gros bâtiment voulant soutenir un débarquement dans la presqu'île de Guérande, les Allemands décident d'installer une grosse batterie sur voie ferrée à Batz-sur-Mer. C'est la 4e batterie de la M.A.A. 280 qui est envoyée pour former une batterie à Kermoisan, petit bourg de la commune de Batz-sur-Mer, situé à une vingtaine kilomètres à vol d'oiseau au Nord de l'embouchure de la Loire.
Fin 1941, les habitants du Croisic voient arriver à la gare deux grosses pièces d'artillerie lourde montées sur voie ferrée, suivies par cinq wagons de matériel et de munitions. Il s'agit de deux canons français de 240 mm Schneider Mle 1893-96 M « Colonies » qui proviennent du parc de réserve générale d'artillerie de l'armée française. Saisis par l'armée allemande à l'armistice en 1940, ils ont été emportés en Allemagne pour être testés avant d’être remis en service sur l’Atlantique.
("Forteresse Saint-Nazaire, La marine allemande face aux alliés" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Installation des canons sur voie ferrée à Kermoisan |
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Dès leur arrivée fin 1941, les soldats de la 4e batterie s’installent autour du Moulin de Kermoisan. Un poste de mitrailleuse est d’ailleurs mis en place en haut de sa tour ainsi que le poste d’alerte aérienne équipé d’une sirène. Autour du Moulin une assez vaste zone de champs est clôturée par un double réseau de barbelés entre lesquels des mines sont posées. Une dizaine de baraquements en bois sont construits principalement pour le logement du personnel.
Les matériels destinés au Mur de l'Atlantique sont déchargés près de la gare de Batz-sur-Mer, à l'abri, dans un parc clôturé surnommé « Pi-Park » par les locaux (Pionnier-Park). Une réserve d’eau douce utilisée pour faire le béton et un bunker abri à personnel complètent cet ensemble. Les divers matériaux stockés là sont transportés au fur et à mesure par camion jusqu’au camp de Kermoisan.
L’Organisation Todt va ériger dans l’enceinte du camp de Kermoisan deux aires de tir raccordées directement à la voie ferrée Le Croisic - Saint-Nazaire. Les canons et leurs servants vont être protégés des éclats d’obus par un parapet bétonné semi-circulaire. Six bunkers de stockage de munitions sont construits à côté de chaque position de tir. Le plus grand est un bunker type H 607 d’une dimension de 11 m x 15 m, les autres sont des soutes légères qui sont réparties de chaque côté de la voie ferrée. Un nouveau réseau de barbelés entoure chaque position qui est aussi protégée par plusieurs mitrailleuses installées dans des Tobrouk au raz du sol. Comme ultime protection contre un éventuel sabotage, afin d’éviter l’arrivée d’un wagon bourré d’explosif par exemple, le tronçon de voie ferrée menant aux canons est miné.
La batterie sur rail est défendue contre une attaque aérienne rapprochée par deux canons de 2 cm Flak 28. Ils peuvent être guidés en cas d’attaque de nuit par un projecteur de 60 cm monté sur le toit du grand bunker à munitions de la pièce n°II. Enfin, contre une attaque terrestre, pas moins de dix postes de mitrailleuse sont mis en place sur les contours du camp. La moitié sont installés dans des Tobrouk, les autres dans de petits bunkers aménagés localement avec des parpaings. Contre une attaque avec des véhicules motorisés, une casemate bétonnée type H 612 pour un canon belge de 7,5 cm FK (b) est construite pour protéger l’accès nord au camp.
("Forteresse Saint-Nazaire, La marine allemande face aux alliés" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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L'Oberfeuerwerker Fritz Urban |
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| Les Allemands apprennent à se servir des canons français |
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Début 1942, l’atelier du camp M.A.Z.A. reçoit la tâche de s’occuper de ces canons sur rail qui se trouvent encore au terminus de voie ferrée du Croisic. Le spécialiste des canons de cette unité est l’Oberfeuerwerker Fritz Urban. Comme il n’a pas été formé en Allemagne au fonctionnement particulier de ces vieux canons français, il doit faire appel à son camarade Anton Weber du Kriegsmarinewerft St-Nazaire. C’est donc avec l’aide des spécialistes du KMW que les canons vont être mis en place dans leur emplacement bétonné et testés avant d’être remis au chef de batterie. Les canons sont rebaptisés selon la nomenclature allemande 24 cm K(E) 558 (f), « E » pour Eisenbahn signifiant voie ferrée.
Le chargement du canon nécessite une opération complexe : il faut d’abord introduire le projectile, puis un chargement de poudre fourni en sacs de soie et enfin une petite cartouche pour l’allumage. Pourquoi utiliser de la soie ? Parce que toute la soie brûle instantanément au moment du tir, ce qui évite la projection de morceaux de tissu enflammés par la bouche du canon. Le projectile pèse 162 Kg !
Le travail de Fritz Urban consiste à mesurer la chambre de combustion avant le tir pour connaître avec précision la bonne dose de poudre à utiliser. Cette mesure doit être faite après que le projectile ait été mis en place...
Pour les essais, c’est le commandant de batterie qui donne l’ordre de tir. Après les tirs on mesure de nouveau la chambre de combustion et on vérifie les autres pièces du mécanisme. Le meilleur tir est obtenu à 18 km de distance.
La batterie est située à environ 500 mètres à l'intérieur des terres, ce qui la rend invisible de la mer en cas de duel avec d’éventuels navires. Pendant l’année 1942 les tirs sont dirigés par un télémètre installé dans un encuvement posé sur le roc face à la mer au lieu dit « La Dilane », près d'un ancien corps de garde. En 1942, la batterie, dépendant du secteur côtier de La Turballe, est codée Tu 18.
("Forteresse Saint-Nazaire, La marine allemande face aux alliés" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Problèmes de précision des tirs avec les canons sur rail |
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Après sa permission d’avril 1942, l’Oberfeuerwerker Fritz Urban du camp M.A.Z.A. est tout de suite appelé pour faire de nouveaux réglages sur les canons de Batz-sur-Mer. Le chef de batterie est très mécontent : durant le dernier exercice de tir les impacts à l’arrivée ont été très espacés, soient trop longs, soient trop courts. Fritz Urban travaille longuement avec le chef de batterie à noter tous les détails possibles lors de plusieurs séries de tirs. Une zone balistique où atterrissent les obus lors des différents tirs est tracée, grâce aux cours théoriques que Fritz Urban a suivis en Allemagne ; le chef de batterie est un officier de réserve qui n’a pas du tout les connaissances nécessaires pour réaliser ce genre de travail. Les résultats des différentes campagnes de tirs sont notés dans un rapport et envoyés à l’OKM, le commandement en chef de la marine en Allemagne. Malgré ces relevés, les services d’armement spécialisés de la Kriegsmarine n’arrivent toujours pas à trouver d’où provient l’écart de distance lors des tirs.
Finalement, un appareil spécial de mesure qui calcule la vitesse de sortie du projectile est envoyé d’Allemagne à Batz-sur-Mer au printemps 1943. Il devrait permettre de savoir vraiment d’où vient cet écart lors des tirs : est-ce du projectile, cela veut dire de l’obus ou de la poudre dans les sacs de soie ou de la cartouche d’allumage ? Pour la préparation de ces nouveaux tirs d’exercice tout devra être noté : poids des différents composants, numéros des lots de poudre, année de fabrication… L’appareil, un énorme boîtier de mesure, est relié à deux autres éléments : un anneau métallique qui se fixe à la sortie de la bouche du canon et un autre anneau d’environ deux mètres de diamètre, fixé à 8 mètres de haut à une distance de 50 mètres du canon.
Les résultats des tirs sont notés par Fritz Urban pendant deux jours et deux nuits puis envoyés en Allemagne au contrôle de l’armement, accompagnés par des échantillons de poudre. Ce service arrive enfin à la conclusion que c’est la qualité de la poudre explosive qui est en cause. Les stocks de poudre récupérés à l’armée française ne sont pas tous également efficaces. Pour garder un tir précis, il faudra toujours utiliser un stock de poudre homogène, c’est à dire produit dans un espace de temps assez court. En respectant ces consignes, la batterie de Batz-sur-Mer peut arriver à effectuer un tir relativement précis à une distance constante de 18 km.
("Forteresse Saint-Nazaire, La marine allemande face aux alliés" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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Les effectifs en hommes de la batterie sont les suivants début 1943 : 2 officiers, 24 sous-officiers et 164 hommes de troupe. C’est la batterie du bataillon qui compte le plus de soldats. Ils sont commandés depuis le 31 octobre 1941 par un simple lieutenant de réserve, Friedrich Schmidt, qui restera à ce poste jusqu’en mai 1945 ; il aura alors atteint le grade de Kapitänleutnant. Si le commandant reste dans le poste de direction du tir, l’autre officier, le sous-lieutenant Wilhelm Tiedemann, est toujours présent à côté des canons sur rail. Le 17 mars 1944, un aspirant, l’Oberfähnrich Rudolf Brodt, est nommé en renfort comme autre officier de tir. A côté des vieux sous-officiers spécialistes, de nombreux artilleurs de marine sont de très jeunes garçons dont le principal souci est de ne pas se faire remarquer pour éviter l'envoi sur un front moins calme en représailles. Ils seront néanmoins régulièrement sollicités pour rejoindre l’arme sous-marine. Pendant ces années de guerre la vie quotidienne se déroule paisiblement pour les artilleurs de la batterie qui fréquentent les nombreux cafés de Batz-sur-Mer et de Kermoisan. La vie journalière des artilleurs se borne à effectuer une surveillance de jour comme de nuit, à édifier des abris pour stocker une partie des munitions, à effectuer les tâches ménagères dans les baraquements où ils logent, à entretenir les canons et surtout à s’entraîner à leur maniement. Après le raid britannique sur Saint-Nazaire la région est encore plus fortifiée et la batterie de Kermoisan est pressentie pour devenir une batterie d'importance capitale.
("Forteresse Saint-Nazaire, La marine allemande face aux alliés" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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