Livre d'Or
Bibliographie
Les Editions du Grand Blockhaus
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| La reddition de la Festung
et
la Libération |
| Signature de la reddition le 8 mai 1945 à Cordemais |
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L’Allemagne capitule sans conditions à Reims le lundi 7 mai 1945 à 2h41. Pourtant tout n’est pas aussitôt fini à Saint-Nazaire. En fin de matinée, ce 7 mai, un parlementaire américain se présente devant les lignes allemandes. Il demande à voir un représentant allemand pour lui transmettre une communication importante. Une trève est fixée des deux côtés de 13 à 15h.
Une première rencontre a donc lieu le 7 mai à 13h au café Loiseau, près du passage à niveau de Cordemais. Le Hauptmann Mueller et le Leutnant Bernstein déclarent à la stupéfaction des Alliés qui ont demandé l'entretien qu'aucun ordre de capitulation ne leur est encore parvenu. Le Major Charles M. Parr et le Colonel John W. Keating de l'état-major de la 66th Infantry Division avaient pourtant posé sur la table un dossier vert « Capitulation sans conditions ». Les Allemands déclarent qu’ils doivent en référer à Junck. Les Alliés leur laissent jusqu’au lendemain matin 10h pour apporter leur réponse. Ils demandent aussi qu’un cessez-le-feu soit observé jusque là. Le Hauptmann Mueller déclare qu’il doit aussi en référer à Junck et qu’il apportera sa réponse pour le cessez-le-feu total à 18h. La trève est prolongée jusqu’à cette heure dans ce secteur.
A 18h précises, les deux officiers allemands se présentent à nouveau. Les ordres de Junck sont : non pour le cessez-le-feu, réponse demain à 10h pour la capitulation. Une trève est donc de nouveau convenue pour le lendemain matin de 9h à 10h.
En fin d’après-midi, les cloches des villages situés à l’extérieur de la Poche sonnent pour annoncer la bonne nouvelle. C’est le canon qui leur répond !
Le Hauptmann Mueller se présente le lendemain matin 8 mai au café Loiseau. Alors que la discussion tourne autour de détails techniques les Alliés s’aperçoivent que le Hauptmann Mueller n'a pas l'autorité pour représenter le Generalleutnant Junck. En effet le chef d’état-major le Major Adalbert Engelken, qui l’a appelé le matin, lui a dit qu’il n’arriverait que pour midi ! Une fois de plus la signature de la reddition est remise à plus tard, à 13h l'après-midi. L’impatience est à son comble côté allié.
A 13h enfin les trois officiers allemands, dont le chef d’état-major, traversent les lignes. Cette quatrième rencontre sera la bonne. Ils sont amenés au lieu dit « les Sables » devant la maison de Francis Moisan où les attendent devant une table rapidemment construite trois officiers américains et un capitaine français. Les Alliés sont représentés côté américain par deux officiers de l'état-major de la 66th Infantry Division le Colonel Keating et le Major Parr, assistés par un interprète le Captain Hochstetter et côté français par le capitaineDelpèche de l’état-major de la 25e D.I. La reddition est enfin signée à 13h30, le cessez-le-feu entre en vigueur à 14h...
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Que se passe-t-il entre le 8 et le 10 mai ? |
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Les protocoles de la reddition signée le 8 mai précisent que les Allemands ont encore le 9 et le 10 mai 1945 pour déminer les accès à la Poche, ranger leur matériels à rendre intact et se parquer eux-mêmes dans des camps de prisonniers. Les Alliés ne devront rentrer que le 11 mai dans la Poche, après la cérémonie de la reddition ! La population attend sa libération, impatiente, et commence à fêter la victoire.
Au sud-Loire les maires des différentes communes sont réunis une dernière fois à Saint-Père-en-Retz le 8 mai à 15h. Le lieutenant Bouhard leur apprend la capitulation de la Poche. Les maires regagnent alors leurs communes respectives pour annoncer partout la bonne nouvelle. Dans La Sicaudais désert ce 8 mai l'abbé Olivaud sonne les cloches dès 15h30 pour annoncer la fin de la guerre. Un bruit de cloche vient de Chauvé. Pourtant le clocher a été détruit... c'est l'abbé Serot qui frappe la cloche à terre avec un marteau ! A Pornic comme à Paimboeuf les cloches sonnent à 18h et les drapeaux français fleurissent sur les maisons et les bâtiments officiels. Les soldats allemands qui se rendent, l’arme à la bretelle, au camp de prisonniers de La Chalopinière au nord de Pornic croisent la population qui chante La Marseillaise.
C’est la même chose dans les communes du nord de la Loire. Les clochent sonnent, les drapeaux ornent les balcons des batiments administratifs et des civils entonnent la Marseillaise. A Pontchâteau à 14h un énorme défilé est parti de la mairie, avec en tête la fanfare catholique, direction l’église où un Te Deum est chanté, suivi d’un Magnificat et du refrain Reine de France. La journée se termine par un feu de joie place de l’église. Les fêtes populaires vont continuer jusqu’à l’arrivée des Alliés le 11 pour reprendre de plus belle.
Au Croisic un jeune homme retire le drapeau allemand de la Kommandantur et le remplace par un drapeau français. Le lendemain 9 mai un drapeau allemand y flotte de nouveau ! Les empochés n’y comprennent plus rien...
Le soir du 10 mai, les soldats français de la 25e Division d’Infanterie et américains de la 66th Infantry Division se préparent à rentrer dans la Poche. Cela fait trois jours qu’ils piétinent en attendant l’ordre de leurs chefs. Au PC du 1er Hussard au sud-Loire le Kapitänleutnant Schroeder du I. Marine Grenadier Abt. Josephi est même détaché auprès du lieutenant-colonel Goetz pour faciliter l'entrée des troupes dans la Poche.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Le 11 mai, cérémonie à Bouvron et rentrée des troupes |
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La cérémonie de la reddition est prévue à Bouvron pour 10h. C’est seulement à son issue que les troupes alliées doivent pénétrer dans la Poche. Pourtant, dès 7h du matin, plusieurs détachements précurseurs français franchissent l’ancienne ligne de front : le Détachement de Circulation Routière de la 25e Division d’Infanterie ouvre la route et place des plantons aux différents carrefours. Ces hommes sont chargés d’orienter les convois militaires qui suivront dans quelques heures. Un détachement de policiers, dirigé par le Commissaire principal Antonini, chef du service départemental des renseignements généraux, rentre à son tour. Les policiers ne veulent pas risquer de laisser passer des « collaborateurs ». A cette fin, des listes ont été dressées par les R.G. et le bureau de documentation de l’armée depuis l’empochage. Un troisième détachement formé de soldats du I/32e R.I. franchit les lignes à l’Ouest du Temple-de-Bretagne. Le groupe est conduit par le sergent lorrain Pierre Schwahn. Comme il parle couramment l’allemand, la veille le chef du I/32e R.I., le commandant Raoul Vialle et son chef de section le sous-lieutenant Laheurte, lui ont confié une liste d'unités allemandes installées dans la Poche. Il doit aller rencontrer ces unités pour s'assurer qu'elles observent bien les conditions de cessez-le-feu.
Quelques heures plus tard, un escadron d’honneur du 8e Cuir commandé par le capitaine Trastour, la musique et un détachement américain de la 66th Infantry Division, se mettent en place sur la prairie de l’hippodrome du Grand Clos à Bouvron. Les officiers alliés et les officiels discutent entre eux en attendant l’arrivée de la délégation allemande. Le Major-General Kramer est accompagné par son adjoint le Brigadier-General Forester, responsable du secteur de Saint-Nazaire, ainsi que par son chef d’état-major le Colonel Keating et plusieurs autres officiers. Le général Chomel est accompagné de membres de son état-major et de marins. A signaler les colonels Ghislain et Payen, le lieutenant-colonel Blanquefort, le chef d’escadrons de Beaumont commandant du 8e Cuir, les commandants Bois et Ginhans, les capitaines de Bellefond et Clavel. Côté marine française, le capitaine de vaisseau Le Gac, le capitaine de frégate de Courcy et le capitaine de corvette Leonnec. Les autorités civiles sont représentées par le préfet Vincent, Messieurs Briand et Lalan chefs de cabinet et Messieurs Pontal et Rolland, représentants du commissaire de la République d’Angers.
A 10h précises, trois voitures allemandes s’arrêtent sur la prairie. Le Generalleutnant Junck descend, suivi de son adjudant le Major Kerrl, de l’interprète le Leutnant Bernstein, de l’Oberst Deffner qui représente la Luftwaffe et du Kapitän-zur-See Mathies la Kriegsmarine.
Le Colonel Keating accompagné du colonel Payen viennent à leur rencontre. Les Allemands sont escortés vers la délégation alliée. Keating présente le Generalleutnant Junck au Major-General Kramer. Junck déclare « Conformément à la capitulation signée à Cordemais le 8 mai, je remets entre vos mains les forces armées allemandes qui étaient sous mes ordres à Saint-Nazaire. En symbole de cette reddition je vous remets mon arme personnelle. Elle n’est pas chargée et la sécurité est mise. » Kramer prend l’arme et répond « General Junck ! Au nom des forces alliées j’accepte votre reddition. Vous et vos hommes seront traités correctement en tant que prisonniers de guerre ». Les deux généraux se saluent.
Tandis que le groupe d’officiers allemands retourne vers ses voitures, la délégation alliée passe les troupes en revue au son de la musique militaire américaine. Kramer s’adresse à ses hommes « Je suis fier de mes Panthermen. Je vous salue ! ».
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Prise du camp de Beauregard, de l’état-major du Generalmajor Huenten |
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Un détachement du I/32e R.I. est rentré dans la Poche dès 9h le 11 mai. Sa mission est de s’assurer que les unités allemandes observent bien les conditions du cessez-le-feu. A sa tête le sergent lorrain Pierre Schwahn, alias Marchal, accompagné par le caporal Capron, ancien de la marine et par le sergent Hubert Moreau.
Ils traversent Saint-Nazaire en ruines et arrivent ensuite au camp de Beauregard. Ce camp a servi depuis le début de la guerre pour le cantonnement des troupes de la Kriegsmarine. Le détachement du 32e R.I. se déploie à l'entrée du camp, le sous-officier chef de poste remet alors son arme de service. Les armes du poste sont déculassées.
Pendant que le caporal Capron va s'assurer que toutes les armes légères sont rassemblées et hors d'état de servir, le sergent Marchal est reçu par le commandant des sous-mariniers dans la salle des cartes d'un baraquement de bois aménagé avec tout le confort. Le sergent Marchal qui s'attendait à trouver des hommes hâvres, amaigris, en guenilles, se trouve devant des sous-mariniers en grande tenue, toutes décorations dehors avec pour bon nombre d'entre eux autour du cou la croix de chevalier. Dans son treillis étriqué, le casque plat britannique sur la tête, il se demande si les rôles ne sont pas inversés. Mais non, c’est bien lui le vainqueur et eux les vaincus. A son grand soulagement les discussions se déroulent en français. Pendant les pourparlers, des serveurs en tenue blanche servent du champagne et le commandant des sous-mariniers porte un toast « A la fin de la guerre ! » en français. Un médecin sous-marinier débarqué avec le U-510 lui offre un paquet de cigarettes japonaises.
Le sergent Marchal cherche un endroit pour pouvoir cantonner les troupes du 32e R.I. qui doivent arriver. L'officier sous-marinier lui conseille d'aller dans l'autre partie du camp réservé à l'artillerie côtière. Les deux parties du camp de Beauregard sont séparées par un grillage de quatre mètres de hauteur...
L'explication est donnée au sergent Marchal sur la présence du grillage de quatre mètres de haut qui séparait dans le Camp de Beauregard les sous-mariniers des soldats de l'artillerie côtière. Il avait été mis en place pour éviter les batailles rangées qui avaient lieu régulièrement entre les deux parties. Les soldats de la marine côtière étant toujours soumis à une dure cadence de caserne et au règlement, ils étaient exaspérés par les privilèges donnés aux sous-mariniers qui n'avaient pas, au regard de leurs pertes énormes, de rigueur prussienne à respecter. Le badge de sous-marinier qu'ils portaient était en fait un passe-partout pour les cafés et cabarets de La Baule, ils avaient de plus une nourriture très convenable.
Les soldats français du 32e R.I. prennent leur cantonnement dans le Camp de Beauregard le lendemain, 12 mai 1945 à 3 heures du matin. Les cantonnements ont été rapidemment aménagés par les prisonniers allemands. Le sergent Marchal continue son travail d'interprête auprès du 32e R.I. dans une école à l'Immaculée-Conception près de Saint-Nazaire qui sert de PC.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Départ pour les camps de prisonniers |
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En tout ce sont 28000 Allemands dont 2 amiraux et 2 généraux qui partent en camp de prisonniers pour une captivité qui va durer jusqu'en 1947-1948. Les prisonniers allemands vont effectuer, selon les conventions de la reddition, le déminage de la Poche. A chaque unité française sont confiés plusieurs prisonniers allemands qui s'occupent de l'entretien des véhicules, du nettoyage ou de la cuisine. Un millier d'ex-soldats allemands vont rester après 1948 dans le département pour s'y fixer. Ils ont souvent perdu leur famille et leur maison dans des bombardements, parfois c'est leur village qui se retrouve en zone occupée par les Soviétiques, souvent ils se marieront avec des françaises.
Le 14-Juillet aura lieu à La Baule un défilé inter-allié. Des gradins seront mis en place sur le remblai par le 91e Génie. Le soir un bal sera donné sur le remblai devant le Grand-Hôtel, il sera éclairé toute la nuit par des fusées éclairantes prises aux Allemands. Le 23 juillet 1945, le général de Gaulle en personne atterrira sur le terrain d'aviation d'Escoublac. Il passera en revue plusieurs troupes faisant partie de la 25e Division d'Infanterie, puis traversera les villes côtières pour se rendre à Saint-Nazaire où il prononcera un vibrant discours au milieu des ruines.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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