Livre d'Or
Bibliographie
Les Editions du Grand Blockhaus
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| Les empochés dans la tourmente |
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Lorsque la Poche s’est formée à la mi-août 1944, la population civile de Loire-Inférieure avait déjà subi plus de quatre années d'occupation. Les empochés se retrouvent occupés neuf mois de plus que le reste de la France, mais cette fois-ci avec des restrictions encore plus grandes, surtout au niveau alimentaire, le froid, les bombardements, les réquisitions de civils et de produits agricoles, plus d’électricité, plus de radio ni de journaux et des limitations de circulation. Les empochés se retrouvent en fait dans une situation très désagréable, coupés du monde extérieur, ils subissent leurs ennemis au quotidien et sont bombardés par leurs amis qui les encerclent.
Les quatre premiers mois de l’année 1945 vont être encore très durs pour les empochés. Seul avantage, la chaleur va revenir… il neigera pourtant le 1er mai 1945. Les réquisitions allemandes continuent : légumes, fruits, pneus de voiture et de bicyclettes inutilisés… le 12 février l'utilisation de colza et de navets en tant que fourrage est défendue, ces produits oléagineux sont désormais réservés à la consommation humaine. Le 7 mars, le commerce de la viande de porc est interdit...
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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La Poche s’est constituée pendant les grandes vacances. Pour beaucoup l’école ne reprendra pas. Le 10 octobre 1944, le directeur de l’Enseignement Public envoie une note aux instituteurs de la Poche déclarant, par souci de sécurité, l’ajournement de la rentrée des classes jusqu’à nouvel ordre. Le sous-préfet autorise le 8 janvier 1945 la reprise partielle des cours pour de petits groupes d’élèves, sauf dans la zone dangereuse située sur une bande de 15 kilomètres de large après les lignes de la Poche.
Non seulement les Allemands ont réquisitionné la plupart des salles de classe, mais de plus de nombreux instituteurs ont quitté la Poche par les trains d’évacuation. Des Curés et des bénévoles se transforment en professeurs, des cafés et des granges en salles de classe. Dans les régions autorisées les cours reprennent donc au ralenti pour les enfants qui n’ont pas été évacués, avec des semaines de classe réduites à 6 heures afin de ne pas mettre la vie de trop d’élèves en danger en même temps.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Les dernières évacuations |
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L'hiver 1944 étant très rude, les mairies ont rouvert les listes de candidats au départ dès le 21 novembre. Certains civils sont portés d'office sur les listes par les Allemands, d'autres sont rayés car ils sont indispensables aux entreprises allemandes qui les ont embauchés. Plusieurs raisons incitent les civils à partir. A cette époque c’est surtout le froid et la faim. Les négociations entre les états-majors allemands et alliés sont relativement longues. L’attente est encore prolongée car l’unité américaine du secteur change en fin d’année.
Une nouvelle série de sept trains est finalement acceptée le 4 janvier 1945. Après diverses négociations, les départs commencent le 18 janvier...
Les nouvelles dates de départ ne sont fixées que le 12 février 1945, après plusieurs ajournements. Les départs vont reprendre du 18 au 21 février. Grâce à toutes ces évacuations par trains, un peu plus de 20 000 empochés auront quitté la Poche...
...la fin de la guerre approchant et avec elle le danger d'une attaque sur la Poche se renforçant, les Alliés et les Allemands conviennent d'une trêve le 4 avril entre 10 et 14 h pour permettre aux évacués volontaires de quitter la Poche-sud. Le passage se fera encore devant Pornic par les lignes tenues par le 125e groupe F.T.A.
Rassemblés place de la Gare à Pornic, les 150 candidats au départ sont contrôlés dans le « café des touristes » de Courtigon par les services de la douane. Ils sont ensuite envoyés les yeux bandés par groupes de dix en direction des lignes françaises, accompagnés par deux soldats allemands. A l'arrivée une délégation civile et militaire franco-américaine les prend en charge...
Au nord de la Loire les derniers candidats à l’évacuation profitent des trains de ravitaillement de mars et d’avril 1945 pour quitter la Poche. A cause des rumeurs d’attaque les enfants placés dans des familles d’accueil ainsi que les malades sont évacués par les membres de la Croix-Rouge. Au dernier convoi, les personnels d’accompagnement qui descendent à la gare de Savenay entendent avec émotion les voyageurs chanter « Ce n’est qu’un au revoir mes frères »...
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Les trains de ravitaillement |
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Lors de la première évacuation par train fin octobre 1944, deux civils suisses ont demandé aux autorités allemandes l’autorisation de pouvoir rentrer pour deux à trois semaines dans la Poche. Messieurs Claude Pilloud et Porchet de la Croix-Rouge Internationale de Genève désirent évaluer les besoins de la population civile. Quinze jours plus tard c’est en voiture qu’ils pénètrent dans la Poche devant Pornic. Sur accord du Festungskommandant, ils peuvent rester trois semaines, accompagnés par un officier, pour observer les besoins des civils. Ce sont eux qui mettent au point l’entrée des trains de ravitaillement avec l’aide du sous-préfet Benedetti qui en fait la demande officielle aux autorités alliées le 30 novembre.
Le projet manque d’échouer. En effet les Alliés, s’ils acceptent le principe des trains de ravitaillement, ne veulent pas que la nourriture soit aussi distribuée aux civils français travaillant pour les Allemands. Vu leur nombre élevé, cette clause est finalement supprimée et l’accord donné.
Le premier train pénètre le 30 décembre 1944 dans la Poche. Il a été chargé à Nantes par le service de ravitaillement départemental de Loire-Inférieure. La distribution aux seuls civils dans la Poche est contrôlée par la Croix-Rouge Internationale.
Les empochés doivent se munir de leur carte d'alimentation et des feuilles de denrées diverses du mois correspondant. En effet, les aliments ne leur sont pas donnés mais vendus. Les marchandises sont payées au receveur des finances de l'arrondissement de Saint-Nazaire pour le compte du ravitaillement général...
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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La poste continue de fonctionner à l'intérieur de la Poche et le courrier est acheminé vers toutes les communes dans des délais plus ou moins longs, surtout vers le sud-Loire. Les timbres utilisés par les différents bureaux de poste sont toujours ceux du maréchal Pétain alors que dans le reste de la France de nouveaux timbres ont été imprimés par le gouvernement provisoire de la République française. Mais très vite les timbres viennent à manquer et à La Baule, bureau de poste le plus actif de la région, une machine d'affranchissement mécanique est installée début janvier 1945. Elle provient des chantiers de Penhoët et fonctionnera jusqu'au 23 mai 1945.
Le 30 mars 1945, devant le manque de timbres dans les quarante-quatre bureaux de poste de la région, le sous-préfet Benedetti publie un décret instaurant la création de deux timbres utilisables à l'intérieur de la Poche. Ils sont pris en charge par la Chambre de commerce de Saint-Nazaire déménagée villa « La Paludière » à La Baule, gravés par M. Guillaume, sculpteur, imprimés par l'entreprise La Mouette et le responsable de sa distribution est M. Roques, directeur de la poste de La Baule.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Relations avec les Allemands |
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Une constatation aide un peu les empochés à supporter leurs malheurs. Ils s’aperçoivent que les soldats allemands sont aussi démunis qu’eux. En effet si l’état-major à La Baule vit confortablement, les soldats du front ne ressemblent plus du tout à l’image qu’ils donnaient d’eux quelques années plus tôt. Certains sont chaussés de sabots, habillés avec des vêtements coupés dans des couvertures, tandis que leurs chemises ont été taillées dans des draps. Presque tous ont des poux. Des civils les surnomment « l’armée des culottes défoncées ». Ils en sont réduits à manger des corbeaux, des choux crus dans les champs… les marins ont échangé leurs pulls contre de la nourriture. En comité restreint ils se confient et sortent de leur portefeuille leurs photos de famille en parlant des bombardements des villes allemandes et de l’avancée des Soviétiques dans leur région...
Le 19 janvier 1945, le train de travailleurs La Baule - Saint-Nazaire entre en collision avec des wagons vides, à 500 m de Saint-André-des-Eaux. Simple accident ou sabotage ? Surnommé « le train du Morbihan », il avait repris son activité le 9 août 1944 pour emmener les ouvriers travailler aux chantiers de Penhoët et de la Loire, ainsi qu'aux fonderies. Cinq Français sont tués, vingt-six autres blessés. Bien que les Allemands n'aient pas de victimes, ils décident que chaque jour, à l'aller comme au retour, six notables, accompagnés d'un officier de l'armée d'occupation, occuperont le wagon de tête. Le maire de La Baule, le sous-préfet, le commissaire central, M. Nassiet de la Chambre de Commerce, le journaliste Dauneau… doivent donc servir de bouclier humain dans le train. Ils prennent donc, pendant quelques jours, le train du matin à La Baule et reviennent en voiture de Saint-Nazaire pour occuper leurs fonctions. Le soir ils repartent en voiture à Saint-Nazaire pour reprendre le train et dormir chez eux.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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Avec la guerre qui se termine, beaucoup de civils qui avaient espéré dans les premiers mois l’attaque de la Poche par les Alliés… commencent à la redouter. Après avoir subi tant de privations et de souffrances, ils espèrent maintenant un règlement pacifique, considèrant qu’ils le méritent. Ils savent que près de 450 civils sont déjà morts à Royan lors du premier bombardement de janvier, quand le 15 avril ils voient passer 1350 forteresses volantes au dessus de leurs têtes allant toutes dans la même direction. Ils souhaitent que Berlin qui est maintenant attaquée tombe avant que ne soient déclenchées les opérations militaires sur leur région. Ils regrettent de ne pas s’être fait évacuer. Certains soldats français de la 25e Division d’Infanterie sont également inquiets, leur famille est restée dans la Poche.
Les résistants de la Poche souffrent du fait que certaines personnes parmi les autorités à Nantes considèrent les empochés comme des collaborateurs. Ils leur envoient un rapport dont voici quelques extraits « la densité des troupes ennemies dans les régions côtières a toujours été considérablement supérieure à ce qu’elle fut dans la plupart des autres régions occupées. Toute l’activité industrielle et commerciale a été forcément dirigée par eux. Des compromissions étaient inévitables. Quiconque nous méprise en bloc a tort. Nous ne sommes pas plus mauvais que d’autres. La grosse majorité des habitants de la Poche a encore des sentiments bien français. Nous serons d’ailleurs bien libérés un jour ou l’autre, vous vous en rendrez compte alors. »
Le général Chomel a précisé en mars 1945 « Les organisations de la Résistance ne devenant F.F.I. qu’à partir du moment où elles commencent les opérations militaires et ces opérations n’étant pas ouvertes dans la Poche, nul ne peut s’y prévaloir actuellement de la qualité de F.F.I. » Cette déclaration va avoir pour conséquence que les civils portant un brassard F.F.I à la libération de la Poche seront difficilement reconnus comme tels par les soldats de la 25e D.I.
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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| Le sous-préfet intervient à Paris pour éviter l’attaque |
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Le 10 avril, le sous-préfet Benedetti rencontre à Nantes le colonel Félix qui lui déclare que l’attaque des différentes Poches de l’Atlantique a été décidée. Le sous-préfet, déjà alarmé par le bombardement meurtrier de Royan du 5 janvier, voit passer avec inquiétude les vagues de bombardiers le 15 avril 1945. Il suit les combats rapides pour la prise des Poches de Royan et de la Pointe de Grave par la Division de marche Gironde et la Brigade de marche Médoc, qui ne durent respectivement que 4 et 6 jours. Ces événements laissent présager une prochaine attaque de celle de Saint-Nazaire, où se trouvent beaucoup plus de civils.
Le sous-préfet n’hésite pas, avec sa voiture il fonce à Paris. Il rencontre d’abord le commissaire de la République d’Angers Michel Debré, puis le lendemain le général d’armée Juin, chef d’état-major général de la Défense Nationale et enfin son adjoint le général Sevez. Il plaide la cause des civils et demande la remise de l’attaque. En contrepartie il promet d’essayer d’obtenir une reddition des Allemands auprès du Generalleutnant Junck. Le général Sevez lui annonce finalement, après avoir consulté le général de Gaulle, que l’attaque est remise à plus tard, mais qu’elle sera inévitable si le sous-préfet n’obtient pas une reddition rapide des Allemands...
("L'incroyable histoire de la Poche de Saint-Nazaire" par Luc Braeuer, Conservateur du Grand Blockhaus)
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